À un âge où les Lettres sont encore largement gouvernées par la
Rhétorique, la narration fictionnelle se légitime par l'argument qu'elle
véhicule. En interférant constamment avec les autres discours -
philosophique, moral, théologique, esthétique ... - qui composent le
système discursif de l'époque, le roman 'informe' la narration d'un
argument et propose à son lecteur différents contrats de lecture.
Comme le savait déjà M. Bakhtine, le roman est en soi un massif
stratifié et hétérogène de discours qui interagissent au sein d'une
narration. Le roman fait dialoguer la partie avec le tout, le oui avec
le non, le long avec le bref, le privé avec le public, le même avec
l'autre, le présent avec l'absent, etc. Si le roman est en premier lieu
un récit, la spécificité de la narration romanesque est d'être
plurilingue, plurivocale et polémique. Le discours romanesques du XVIIIe
apparaît dans ce volume comme un espace dialogique et un lieu
d'interférence discursive où l'on peut prendre le pouls au temps.