Presse, sondages et commentateurs content à l'envi la perte de confiance des Français envers tout : leurs dirigeants, la politique, l'avenir? et nourrissent ainsi le pessimisme dont ils glosent. C'est une erreur d'appréciation radicale. D un côté, la France est soumise au même choc que toutes les autres démocraties, qui est la crise de maturité du couple de la démocratie et de la modernité. Seul Tocqueville l'avait entrevu : il vient un point où elles peuvent s'opposer et se nuire. Nous y sommes. La modernité économique et sociale venue avec la démocratie parait avoir vidé celle-ci de son énergie.. C'est la grande leçon politique de ce début de millénaire : la démocratie n'est pas, à elle seule, une garantie de bonheur et de stabilité. Elle ne suffit pas à fournir son propre sens et son propre équilibre. Elle ne s'use pas comme organisation politique mais elle s'affadit comme société. D un autre côté, la France est un pays unique. Depuis quatre cents ans, depuis Richelieu et l'avènement des Modernes, sa culture du pouvoir ne fait pas de place à la confiance. C'est tout simplement une catégorie politique qui n'existe pas. Ce qui existe est un pouvoir qui trouve sa légitimité dans son efficacité. Pour tout et tous, l'Etat était l'administrateur du quotidien et le garant de l'avenir : c'est cela qui se termine sous nos yeux.Dans ces conditions, les douleurs de la France ne sont pas celles de l'agonie mais de l'accouchement. Elle est en train de quitter une pensée politique vieille de quatre siècles, qui a résisté à tous les changements, et d'inventer autre chose. Et elle est dans une position unique pour y parvenir car elle seule a exploré les limites mais aussi la valeur de l'Etat comme source du pouvoir légitime. Ce n'est le cas d'aucune autre démocratie